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LE CARNAVAL D’EVOLÈNE

gré tout toujours quelques filles qui se dissimulent sous les couches de peaux de bêtes des peluches, notamment le Lundi gras qui leur est en principe ré- servé. Grâce à l’association, les abus dont se plaignait parfois la population sont aujourd’hui très rares. Encadré, le carnaval s’est policé et est même de- venu un atout touristique. «Lorsque j’étais enfant, on ne sortait pas le soir à cette période. Les rues étaient laissées aux peluches. Elles étaient les maîtres du village. Et ceux qui les croisaient

avaient intérêt à se cacher ou à prendre la fuite», se souvient Gisèle Pannatier, historienne, dialectologue et fine connaisseuse du patrimoine culturel évolénard. «Aujourd’hui, les comporte- ments se sont adoucis. Mais il ne fau- drait pas que le carnaval perde son côté spontané et sauvage. S’il est trop asep- tisé, il perdra son authenticité», aver- tit-elle. Selon elle, le carnaval a néan- moins encore de beaux jours devant lui. «Cette tradition s’intègre dans la préser- vation d’une identité très forte. A la ma- Peluches, empaillés et Maries Très ancienne puisqu’elle puise son origine dans des rituels païens liés à la fin de l’hiver et au réveil du printemps, la tradition du carnaval n’a jamais été interrompue à Evolène. «C’est ce qui fait sa spécificité», note Gisèle Panna- tier. Autre particularité, les festivités durent plus d’un mois et sont enca- drées par deux dates du calendrier li- turgique, l’Epiphanie et le Mardi gras. Evolène est aussi le seul endroit où l’on retrouve en même temps les deux fi- gures propres à ces rituels ancestraux: les peluches et les empaillés. Recou- vertes de peaux de bêtes et portant des masques animaliers, les peluches sym- bolisent le côté sauvage de la nature ainsi que la force animale qui ressurgit dans l’homme. Enveloppés dans des sacs de jute remplis de paille, les em- paillés représentent, quant à eux, la grandeur de l’homme qui maîtrise la nature. Ils font le lien avec la culture de la terre et l’esprit des ancêtres. Leurs masques sont généralement anthropo-

nière du patois qui est encore largement parlé ou du costume traditionnel que les femmes d’Evolène sont nombreuses à porter lors des grandes occasions.» Et de conclure: «Tant que les Evolénards conserveront ce sentiment de fierté et cet attachement à leur héritage culturel, le carnaval perdurera.»

Marie-Jeanne Krill

Infos: www.carnaval-evolene.ch

morphiques. Il s’agit de diables, de monstres, de sorciers aux traits ef- frayants. Contrairement aux peluches, ils ne sortent que le dimanche de car- naval, après la messe. C’est aussi un des leurs, la Poutratze, sorte de bon- homme hiver local, qui est arrêté, jugé puis mis à mort par le feu au soir du Mardi gras. A ces deux figures destinées à faire peur s’ajoutent des personnages bien- veillants: les Maries. Portant des mas- ques féminins et affublés du costume traditionnel des femmes d’Evolène, des jeunes hommes rejouent certaines scènes de la vie d’une vraie Marie ayant habité dans la commune au mi- lieu du siècle dernier. Pleines de bon- homie, elles dispensent plaisanteries et bons conseils, en patois bien sûr. «Cette tradition est plus récente. Elle remonte aux années 1960 ou 1970. Mais le travestissement et l’inversion ont toujours fait partie du carnaval», remarque l’historienne évolénarde.

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COMMUNE SUISSE 12 l 2017

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